Gambie : comment Yaya Jammeh nargue la communauté internationale
Le Président Jammeh tente toutes les manoeuvres pour se maintenir au pouvoir. Jusqu'à quand ?

Gambie : comment Yaya Jammeh nargue la communauté internationale

Le Président Jammeh tente toutes les manoeuvres pour se maintenir au pouvoir. Jusqu'à quand ?
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Mardi matin, le juge en chef de la Cour suprême gambienne, le nigérian Emmanuel Fagbenle a, dans un communiqué officiel, fait part de l’impossibilité dans la quelle se trouvait son institution, de statuer sur la requête en annulation de l’élection présidentielle, introduite par le parti du Président Jammeh. 

Il y a moins d’un mois, le Président Jammeh a obtenu les félicitations de la communauté internationale, choquée de le voir contester des résultats qu’il avait acceptés 24 heures auparavant.

Dans une mise en scène télévisée la veille, Jammeh s’était engagé à soutenir Adama Barrow pendant la période de transition, pour ensuite se consacrer à l’agriculture dans son village de Kanilaï. Les analystes qui ont reçu cette décision de sagesse avec scepticisme ont eu raison puisque quelques heures après, le dictateur qu’il est a repris le dessus sur le démocrate en papier, pour contester les résultats d’élections qu’il a lui-même organisées avec son administration.
Mister « professor » va, dans un premier temps, se déclarer vainqueur, pour après revenir à une décision plus intelligente et sans doute plus cynique : déposer un recours en annulation à la Cour suprême comme l’y autorise la loi, en pensant que ses marionnettistes nigérians se conformeront au scénario qu’il a écrit à l’avance. La communauté internationale, dans sa totalité, a condamné ce revirement spectaculaire. Le Sénégal d’abord, la Communauté des Etats Ouest-africains ensuite, qui va envoyer des Chefs d’Etat de pays anglophones, pour raisonner le dictateur félon et le ramener à de meilleurs sentiments. L’Union africaine, les pays Acp et les pays de l’organisation de la Conférence islamique suivront le concert de dénonciations. En réponse à cette médiation, Yaya Jammeh a profité d’une heure de grande écoute, le message à la Nation du 31 décembre 2016, pour dénoncer la médiation de la Cedeao, la déclarer incompétente, indiquer qu’il s’agit d’une ingérence et que toute action entreprise rencontrerait la force, dans un message propagandiste dont il a le secret.
Les condamnations n’ont fait que raidir davantage le corps abrupte de ce quinquagénaire brutal, qui a laissé le nouveau président élu sans sécurité, sans escorte, à la merci de ses caïds et de son service de renseignements, la NIA.


Malgré tout, la communauté internationale est restée suspendue au recours, somme toute légal, de Jammeh, espérant du nouveau mollah de ce petit territoire devenu il y a six mois un Etat islamique, de la sagesse. Il était difficile de ne pas permettre ce dernier baroud d’honneur légal, ce à quoi s’est résolu la communauté internationale. Entre temps, des médiateurs de tout bord ont tenté d’obtenir une immunité pour Jammeh et 400 membres de sa Cour, croyant que cette grande concession allait lui suffire. Mais tout ce ballet ne lui a servi qu’à gagner du temps et… des forces.
Jammeh savait, en introduisant le recours en annulation, que la Cour suprême dont les membres sont des étrangers, ghanéens, nigérians et sierra-léonais, ne pouvait pas réunir ses membres, qu’elle ne s’était pas réunie depuis belle lurette. Les juges savaient eux-mêmes qu’ils devaient décider du sort de Jammeh pistolet à la tempe et qu’entre l’opprobre de la communauté internationale et la punition de Jammeh, il valait mieux choisir une troisième option : ne pas se rendre à Banjul. C’est ce qu’ils ont fait.
Pour sa part, Jammeh savait qu’en persistant dans son dilatoire, il pouvait obtenir des fissures au sein de la communauté internationale, des chefs d’Etat des pays voisins, nourris par une rivalité tenace. Et qu’en bout de ligne, entre le Président de Mauritanie et celui de Guinée, tous deux connus pour leur goût limité pour la démocratie, un soutien inespéré pouvait arriver.

Les Chefs d’Etat de la sous-région aussi, qui, à l’évidence, n’ont pas les mêmes priorités et les mêmes exigences. Si le Sénégal trouve le moyen en or de se débarrasser d’un dictateur qui nourrit ses rebelles et coupe son territoire en deux quand bon lui sembie, les autres pays ont eux toujours pris la Gambie pour un port d’entrée alternatif bien moins cher que Dakar. Le Président Conté n’a pas hésité à déclarer que Jammeh était son « ami ».
Les tergiversations de la Communauté internationale, la position délicate du Sénégal, qui a besoin de l’onction de la sous-région avant tout engagement militaire, pourraient bien réinstaller Jammeh au pouvoir, au détriment d’Adama Barrow, pourtant choisi par la communauté internationale.
Désormais, il faudra une grande détermination des Chefs d’Etat, pour que le 19 janvier prochain, Adama Barrow puisse se déclarer président. Mais déjà, Yaya Jammeh a fait preuve de son entêtement, en annonçant le vote d’une loi d’amnistie. Tout indique qu’il va faire voter une loi pour proroger son mandat de nouveau.

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