De Djibo Kâ à Khalifa Sall : les petits meurtres d'Ousmane Tanor Dieng
Le chemin d'Ousmane Tanor Dieng est jalonné de crimes politiques qui ont permis sa survie à la tête du Parti socialiste

De Djibo Kâ à Khalifa Sall : les petits meurtres d

Ousmane Tanor Dieng, inamovible Secrétaire général du Ps
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Depuis le congrès de mars 1996 à l’issue duquel il avait été élu Premier secrétaire du Parti socialiste et dauphin de fait du président Abdou Diouf, Ousmane Tanor Dieng peine à installer le consensus au niveau de sa formation politique. Les crises se succèdent et on ne compte plus, depuis 1998 avec le départ de Djibo Ka, les responsables socialistes qui ont décidé de quitter la formation du président Senghor.

Rappel des faits.

Le conflit entre Khalifa Sall et Ousmane Tanor Dieng  a atteint son paroxysme avec l’arrestation de Bamba Fall et de ses présumés acolytes dans la casse de la maison du Parti socialiste le 5 mars 2016. Et cela va de mal en pis pour Khalifa Sall dont l’état-major risque d’être décapité. Après le maire de la Médina, ce sera le tour de Barthélémy Dias, un autre affidé du maire de Dakar, d’être convoqué au tribunal le 25 janvier prochain, dans le cadre du meurtre de Ndiaga Diouf. 

La réconciliation entre les deux hommes forts du Ps semble désormais impossible, quand on sait que le maire de Dakar a décidé de présenter sa propre liste aux prochaines Législatives de 2017. 

Tanor peine à trouver un consensus

L’on se rappelle déjà qu’en 1996, lors du «Congrès sans débats» qui donna les rênes du Parti socialiste à Ousmane Tanor Dieng, les signaux d’une crise profonde se faisaient déjà jour. Un certain nombre de jeunes responsables, nourris au lait du Parti socialiste, s'étaient réunis autour d'Ousmane Tanor Dieng, pour pousser les caciques senghoristes à la porte. Le plus fidèle, le plus déterminé d'entre eux s'appelait Khalifa Sall. Et c'est ce même Khalifa Sall, alors jeune ministre, qui va remplacer Djibo Kâ au poste stratégique de chargé des élections du Ps.
Ousmane Tanor Dieng, tout puissant ministre des Affaires présidentielles, avait son propre réseau de renseignements, les fonds politiques à sa disposition, et toute l'administration à sa disposition, pour éliminer les rivaux de Diouf. Il distribuait les postes aux "Tanorboys" patentés, offrait les logements de la Sicap à ses amis, des véhicules ritulents à ses laudateurs. 

Djibo Kâ qui n’avait plus digéré l'ascension fulgurante d'Ousmane Tanor Dieng, ancien conseiller diplomatique du Président Senghor, parachuté à la tête d'un ministère chargé des Affaires présidentielle, alors sans pedigree, sans aucune base politique, inconnu du bataillon des combattants de la première heure, présenté comme le dauphin de Diouf. Las de se faire entendre, il crée un courant, celui du renouveau, puis son parti, l’Union pour le renouveau démocratique (Urd). Sa présence aux législatives de 1998 ne sera pas sans conséquence pour  le Parti socialiste puisque la coalition  dirigée par Djibo Kâ va engranger une dizaine de députés.

Au même titre que Djibo Kâ, Moustapha Niasse est un autre frustré du choix du président Abdou Diouf en faveur de Tanor Dieng. Indirectement, puisque pour "humilier" Niasse, Tanor va commanditer et soutenir la désignation d'un cadre du Saloum au poste de Premier ministre : Mamadou Lamine Loum. Pour Niasse, alors ministre des Affaires étrangères, c'est déjà un affront. Mais il le digère, prend la décision avec philosopie, alors qu'il était en mission en Côte d'Ivoire. Mais le soir de ce 5 mai 1998, un autre communiqué surviendra, qui dira que le numéro deux et remplaçant du Premier ministre en cas d'absence était... Ousmane Tanor Dieng. Niasse démissione sur le coup. Le 16 juin 1999, il décide de lancer un appel à tous les socialistes à venir le rejoindre dans un nouveau projet politique appelé Alliance des forces de progrès (Afp). Auparavant, après avoir dirigé et remporté la liste départementale du Ps à Nioro, il  démissionne de son poste de député en faveur de Serigne Mbaye Thiam, un cadre arrivé au Ps, mis en condition pour "faire souffrir" Moustapha Niasse. Il n’occupera plus depuis, aucun poste dans un gouvernement socialiste même s’il a continué à diriger la coordination départementale du Ps.

D’autres barons suivront également le chemin du départ. On peut citer feu Mbaye Jacques Diop, Souty Touré, Robert Sagna, Abdoulaye Makhtar Diop, Aïda Mbodj, Abdou Rahim Agne, Mamadou Diop et tant d’autres. Tous avaient, avant de claquer la porte, remis en cause la manière dont le Parti socialiste était géré et exigé le départ de Tanor Dieng. Les derniers ont réclamé, sans jamais l'obtenir, un droit d'inventaire, mais surtout "le bilan financier" du Parti socialiste. Des milliards de francs sur lesquels ils attendent encore des explications, sans succès.

Aujourd’hui avec Khalifa Sall, le Parti socialiste voit resurgir les vieux démons de la division.

Aujourd’hui comme hier, Ousmane Tanor Dieng ne veut pas entendre parler de retraite. Ses détracteurs lui rappellent son engagement pris de ne plus se représenter aux élections, en cas de défaite en 2012. Et c'est pourtant ce qui est arrivé. Lui et ses souteneurs précisent que ne pas se présenter aux élections ne veut pas dire ne plus diriger le Ps. Toute une nuance d'un septuagénaire collé aux basques du régime de Macky Sall. Tanor tient encore le parti, mais doit faire face à une fronde soutenue autour du maire de Dakar, par une génération plus insouciante, plus combative, dont les figures principales ont pour noms Bamba Fall, Barthélemy Dias, Idrissa Diallo, Aminata Diallo, Babacar Diop. Il ne faut pas croire qu'ils sont seuls. Les anciens perdants, encore vivants, tiennent à leur revanche, par une génération interposée. Elle sponsorise les sans culotte de Colobane et de la Médina, pour engager la rébellion et obtenir ce qu'ils ont toujours souhaité : le procès de l'usurpateur de Nguégniene, un sorcier toujours battu aux élections, jamais défait dans son parti.

 

Mbacké NDIAYE







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