SÉRIES SÉNÉGALAISES, PHÉNOMÈNE DE MODE OU DÉBUT D'UNE VRAIE INDUSTRIE ?
SÉRIES SÉNÉGALAISES, PHÉNOMÈNE DE MODE OU DÉBUT D'UNE VRAIE INDUSTRIE ?

SÉRIES SÉNÉGALAISES, PHÉNOMÈNE DE MODE OU DÉBUT D

SÉRIES SÉNÉGALAISES, PHÉNOMÈNE DE MODE OU DÉBUT D'UNE VRAIE INDUSTRIE ?
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Malgré certaines volées de bois vert sur le contenu, jugé souvent inadapté à nos réalités culturelles et sociologiques, et pourtant ces productions audiovisuelles rencontrent un grand succès aux yeux du public


SÉRIES SÉNÉGALAISES, PHÉNOMÈNE DE MODE OU DÉBUT D'UNE VRAIE INDUSTRIE ?

Elles s’appellent Pod et Marichou, Idoles, Wiri Wiri, Maitresse d’un homme marié, Mbettel, Mœurs ou Sama Woudiou Toubab la : toutes ces séries connaissent un véritable succès depuis leur apparition à la télé. Elles attirent énormément de personnes, s’emparent de notre petit écran et se développent à vitesse grand V. La période des dramatiques semble être révolue pour céder la place aux séries. Ces productions audiovisuelles permettent de captiver les téléspectateurs en proposant des scénarios qui s’étalent sur plusieurs semaines. 

« Que le chat soit gris ou blanc, l’essentiel c’est qu’il attrape des souris ». Un proverbe chinois qui a bien son sens avec les séries sénégalaises. Malgré certaines volées de bois vert sur le contenu, jugé souvent inadapté à nos réalités culturelles et sociologiques, et pourtant ces productions audiovisuelles rencontrent un grand succès aux yeux du public. Ce qui semble être un paradoxe. Leurs audiences explosent. En attestent le nombre de publicités et les placements de produits dans les télés au moment de leurs diffusions. Chaque chaine télé tient sa série à des heures de grande audience. Et à côté, les réseaux sociaux ont, sans doute, eu un effet amplificateur d’autant plus que beaucoup de foras s’organisent pour débattre des épisodes. On en parle, on en discute à chaque fois qu’un épisode est diffusé. 

Dans l’air du temps 

Le format (série) n’est pas du tout nouveau, il est presque aussi vieux que la télé. Au Sénégal, pendant presque deux décennies, les Novelas qui, nous venaient du Mexique, du Brésil et de l’Inde, étaient mieux cotées. A titre illustratif, l’on se rappelle les succès retentissants de « Marimar », « Rubi » ou bien Vaidéhi. Mais le foisonnement des séries « Made in Sénégal » est très récent. En un temps record, elles se sont imposées comme le programme vedette. C’est en général des histoires que l’on raconte et qui sont adaptées à notre quotidien selon Oumy Régina Sambou, journaliste culturelle et Présidente de l’association de la presse culturelle du Sénégal. Elle affirme que « de plus en plus, on note une envie chez les jeunes de produire du contenu par nous et pour nous et pour parler au monde. Nous avons nos séries « couleur locale » qui nous rappellent un peu les Novelas par moment. On voit à la télé des gens qui nous ressemblent. C’est important». Un point de vue qui contraste avec celui de Makhete Diallo, directeur artistique et technicien de cinéma. Il préfère minimiser ce succès. Il parle de « phénomène de mode ». Ce que conteste Astou Fall qui interprète le rôle d’Amsa, la binôme de Marieme Dial dans « Maitresse d’un Homme marié ». Elle estime que c’est le résultat d’ « un long travail professionnel ». En tout cas, sur les chaines Youtube, parfois un seul épisode dépasse le million de vues. Ce qui est un baromètre fiable de l’engouement autour de ces séries. Ce qui renfloue considérablement les caisses de ces jeunes maisons de production. Oumy Régina Sambou ajoute que : « on parle actuellement d’industrie. Ces jeunes ne sont pas pour sensibiliser. Ils veulent que ça produise de l’argent. On le voit avec Marodi. Ils gagnent beaucoup avec le nombre de vues sur les plateformes numériques »  

Quid de la qualité technique 

Ce n’est pas seulement le contenu de ces séries qui suscitent débats et polémiques. L’aspect technique également intéresse tous ceux qui gravitent autour de ces métiers du cinéma et de l’audiovisuel. Entre autres passionnés de ce secteur, Makhete Diallo qui a collaboré avec les grands noms du cinéma africain notamment Sembene Ousmane dans plusieurs longs métrages comme son dernier film Moolaade en 2004 et Abdourahmane Sissako dans Bamako etc. Il compte à son actif plus de 100 films avec plus de 40 ans de carrière. Il ne respire que de cinéma. Chez lui où il nous a reçus à Guediawaye, vit une vraie mine d’archives cinématographiques. Mais à la question de savoir, comment il trouve les séries. Cette bibliothèque du 7e art est catégorique : « Sur le plan technique, les séries sont mal faites. C’est toujours la même chose : un salon, des murs blancs sans décors comme dans un hôpital. On ne fait pas vivre le décor. Les séries, presque tout est fait à l’intérieur. Tout se passe dans un salon. Il y a une sorte de coq à l’âne d’un épisode à l’autre ». Pour lui, tous ces manquements sont dus à un déficit de formation qui peut être assimilé parfois à de l’ignorance. Il est cash : « On ne s’improvise pas réalisateur, scénariste ou producteur ». Propos jugés trop durs par certains. C’est le cas d’Aida Soumare Badji, photographe qui collabore avec certaines maisons de production notamment Marodi, passionnée d’images qui estime que des efforts sont à souligner : « Il y a des progrès qui sont faits en ce moment car on est en train d’avoir du Senewood (ndlr : industrie cinématographique sénégalaise comme Hollywood, Nollywood ou Bollywood). En termes de qualité d’images, ils s’y investissent avec du matériel de dernière génération ». La journaliste spécialisée des questions culturelles Oumy Régina Sambou prend le contrepied de Makhete Diallo. Elle constate que la donne commence à changer. « Ils commencent à s’entourer de professionnels. Ils commencent à accorder de l’importance au cinéma. Quand on prend l’exemple de Marodi, ce qu’il fait avec « Pod et Marichou » ou « Nafy » n’a rien à voir avec ce qu’il a fait avec « Maitresse d’un homme marié ».», affirme-t-elle. Une analyse confirmée par l’actrice de la série Mœurs Charmelle Dieng qui estime que « c’est des œuvres bien faites. La preuve : le public a tourné le dos aux Novelas » 

Perspectives 

L’industrie des séries fait fortune. Donc des lendemains meilleurs sont à prévoir car c’est devenu l’un des produits phare du commerce culturel mondial. De l’optimisme, on en rencontre dans le discours d’Astou Fall, pour qui « les séries sénégalaise se professionnalisent de mieux en mieux et ont un bel avenir malgré nos faibles moyens comparés à ceux des Novelas, et pourtant nos séries sont bien appréciées. En atteste le succès de « Maitresse d’un homme marié » qui a dépassé nos frontières ». Oumy Régina Sambou, confirme. Selon elle : « Les productions sénégalaises commencent à être consommées de plus en plus dans la sous-région. Avec le succès du sous titrage, il y a de quoi espérer ». Un point de vue que ne semble pas partager Makhete Diallo. Derrière la caméra, Il considère que ces séries restent un phénomène de mode. Très philosophique, même s’il accepte que le présent soit glorieux, il voit des lendemains en pointillé de ces séries. « Tout s’use, s’érode et s’élimine. S’il y a pas de vivrier, ces séries ne vont pas survivre », formule-t-il. De toute façon l’avenir nous édifiera. Mais déjà ce qui est vrai, c’est que beaucoup préfèrent regarder une série que d’aller au cinéma. Dans un contexte où les jeunes réalisateurs se tournent de plus en plus vers les séries en délaissant les longs métrages, les acteurs du milieu sont à couteaux tirés concernant l’avenir de ces productions audiovisuelles en vogue. 

SenEnquête   







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