CRISE AU PDS : MAME LESS CAMARA ANALYSE LA SITUATION
« Je crois plutôt que c’est l’absence de débat interne et l’absence de congrès véritable pour investir Karim Wade »

CRISE AU PDS : MAME LESS CAMARA ANALYSE LA SITUATION

« Je crois plutôt que c’est l’absence de débat interne et l’absence de congrès véritable pour investir Karim Wade »
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Le Parti démocratique sénégalais est secoué par une nouvelle fronde initiée par une quinzaine de responsables qui ont saisi Wade d’une lettre pour exiger un candidat de substitution à Karim Wade, jusqu’ici écarté de la course à la présidentielle. Quelle lecture faites-vous de cette situation ?

Il me semble que c’était une situation prévisible, vu l’impasse vers laquelle se dirige le Parti démocratique sénégalais (Pds). Cette formation politique a désigné un candidat, selon toutes probabilités, qui ne pourra pas se présenter à l’élection présidentielle. Wade fait alors un cercle autour de lui et pense qu’il faut s’entêter, mener la stratégie de la tension, la menace de l’affrontement, voire physique, bref, faire en sorte, comme le répètent beaucoup de militants, qui si Karim n’est pas candidat, qu’il n’y ait pas d’élection. Il est peu probable que le pouvoir recule sur cette question. Il y a d’autres qui pensent qu’il faut être réaliste et chercher un candidat de substitution qui permet à l’ensemble du parti de se mobiliser et d’aller en campagne derrière ce dernier. Entre les deux, il y a celui qui tranche et s’estime trahi, lorsqu’on lui donne une indication sur la décision souhaitée par un groupe. Wade cherche un coupable et, malheureusement pour lui, c’est une énième reconstitution de l’histoire du Parti démocratique sénégalais. Il s’en prend à un numéro 2 réel ou supposé. Il l’accuse de trahison et l’exclut du parti. Wade s’en prend à un homme qui, me semble-t-il, a été propulsé dans l’arène politique, peut-être contre son gré, à cause de son attachement à Wade.

 

Qu’est-ce qui, selon vous, peut expliquer toutes les inquiétudes nourries par ces responsables frondeurs qui estiment que le président Macky Sall ne laissera jamais Karim Wade se présenter contre lui ?

Ce qui les inquiète, c’est l’absence de réalisme de Wade et son entêtement qui peut être celui d’un autre âge. Cet entêtement qui a pu opérer contre Diouf – sans lui, il n’y aurait jamais eu le nouveau code qui a, d’ailleurs, fini d’être démantelé par Wade lui-même, puis par l’actuel régime – cet entêtement, aujourd’hui, rencontre une résistance presque désespérée d’un pouvoir qui s’accroche de toutes ses forces pour l’obtention d’un second mandat. Wade-Macky Sall, c’est la guerre entre un entêté et un désespéré. Personne ne va lâcher le morceau.

 

N’y a-t-il pas, selon vous, une main du régime derrière cette fronde, comme on a pu le constater dans celle dirigée par Modou Diagne Fada ?

Je crois plutôt que c’est l’absence de débat interne et l’absence de congrès véritable pour investir Karim Wade. Il faut se rappeler que ce dernier a été investi candidat par un congrès convoqué en toute vitesse. En l’espace d’une journée, le parti a délibéré et choisi un candidat. Et cela sans qu’une sorte de compétition interne ne soit ouverte, sans que celui qui a été élu n’ait décliné devant le congrès le programme par lequel il entend se faire investir par le parti candidat à l’élection présidentielle. Et sans, surtout, laisser une éventuelle adversité interne, des contre-propositions et présenter d’autres candidats. C’est surtout une opération un peu désespérée pour présenter à l’opinion, notamment internationale, Karim Wade comme candidat que Macky Sall a condamné, alors qu’à la veille de son investiture, son procès se poursuivait depuis quatre ans. L’investiture de Karim Wade, quelque part, devait servir de bouclier à un projet d’une condamnation judiciaire que tout le monde voyait venir. Le parti a joué le jeu pour le protéger.

 

Comment appréciez-vous la réaction plus ou moins musclée Me Wade qui accuse vertement son ami Madické Niang d’être l’instigateur de cette fronde ?

Quand il s’agit de son fils, Wade n’est plus l’ami politique qu’on a décrit durant toute sa carrière. Il devient simplement un père aimant et compatissant. Ce qui n’est pas compatible avec l’analyse politique.

 

Pourquoi, selon vous, Abdoulaye Wade persiste toujours dans le choix de Karim, malgré le rejet de son inscription sur le fichier électoral ?

C’est encore l’histoire du Pds qui se répète. Ce parti n’a, malheureusement, jamais été un parti de débats internes, à l’issue desquels un point de vue majoritaire est adopté. Même pour désigner des candidats au poste de député, le parti dit « Faites ce que vous voulez, nous sommes derrière vous ». On ne peut pas éduquer dans l’empressement et l’urgence un parti au débat politique.

 

N’est-ce pas le manque de légitimité de Karim Wade qui est à l’origine de toute cette situation ?

Cette légitimité de Karim Wade n’a jamais été unanimement reconnue dans le parti. Karim n’a pas présenté d’état de service. Qu’est-ce qu’il a fait sur le terrain politique ? Son père l’a nommé à des fonctions administratives. En retour, qu’est-ce qu’il a fait pour le parti ? En 2009, on l’a vu, à l’occasion des locales, sillonner les rues de Dakar encadré de solides lieutenants. On lui ouvrait une petite fenêtre pour s’adresser aux Sénégalais dans un wolof très bref. Karim n’a donc pas eu une vraie carrière politique. Il a juste eu une carrière administrative, grâce à son père. Malgré le soutien de son père, il a été battu et a été accusé d’être à l’origine de la perte de la mairie de Dakar par le Pds. En 2012, également, il n’a pas apporté grand-chose au parti. Donc, il n’a aucun état de service. Mais d’autres qui sont plus anciens ont accepté la décision de Wade. Ceux qui n’ont pas adhéré ont fait une contestation que je trouve assez douce, puisqu’ils sont juste partis voir ailleurs.

 

Est-ce que le Pds ne risque pas de se retrouver sans candidat ?

C’est un risque, mais dans ce cas, toutes les ambitions seront libérées. Il ne disposera plus d’instance d’arbitrage pour désigner un candidat. Tout le monde se sentira légitime à non seulement se déclarer candidat à la candidature, mais également tous les groupes à l’intérieur du Pds se sentiront libres de tisser des alliances de leurs choix.

 

Y a-t-il des calculs politiques derrière cet entêtement ?

Il n’y a que des calculs politiques, en période préélectorale. Maintenant, par rapport à la situation du Pds, certains disent, depuis quelque temps, que le parti pourrait organiser son propre effondrement électoral. En l’absence de candidat désigné, la négociation avec le pouvoir peut être une issue. Dès l’instant où le parti n’a plus de candidat, il pourra non seulement négocier pour faire campagne avec Macky Sall, mais également pour l’annulation des peines qui pèsent sur Karim Wade.

 

Seriez-vous de ceux qui pensent que nous allons vers des retrouvailles entre Abdoulaye Wade et Macky Sall ?

Par un large détour. Certes, si on suit ce rythme, on peut bien aller au point de rencontre entre Macky Sall et le groupe des libéraux, je n’ose pas dire Abdoulaye Wade. Le président Wade ne peut pas ignorer qu’il n’y ait pas de chance que Karim Wade puisse être candidat. Tout comme Khalifa Sall. On peut, dès lors se demander pourquoi insiste-t-il à maintenir une telle candidature.

 

N’est-ce pas une manière de renoncer à présenter un candidat à la prochaine présidentielle ?

D’aucuns le pensent et le disent, depuis quelques temps d’ailleurs. Maintenant, on assiste à la mise en place de quelque chose qui semble le prouver. Il faut attendre d’avoir plus d’éléments pour franchir le pas et dire ce qu’il en est réellement. C’est-à-dire, si tous ces événements ne concourent pas à des manigances consistant à réconcilier le cœur du Pds que dirige Abdoulaye Wade et toutes ses émanations qui, contre toute logique, sont actuellement avec le pouvoir.

 

Ne soupçonnez-vous pas un deal entre Wade et l’actuel président ?

Nous sommes en politiquer. Les gens sont à la recherche de leurs intérêts. Et le bon sens moral doit se méfier de ces pratiques qui ne relèvent que de calculs politiques et de la quête d’intérêts de groupe d’hommes qui sont à la recherche de privilèges.

 

Le Pds ne cesse de traverser des soubresauts, depuis l’avènement de Macky Sall au pouvoir. Pourquoi, selon vous ?

Comme toutes les autres formations, le Pds fait les frais des tentations du pouvoir. Il en est ainsi depuis Senghor. Le pouvoir a toujours attiré des responsables de l’opposition. Macky Sall n’en a pas fait plus qu’Abdoulaye Wade ou Abdou Diouf. C’est l’un des traits de caractère de la classe politique sénégalaise où les gens sont très peu fidèles aux principes proclamés. Ils sont, tout le temps, prêts à succomber à des offres politico-financières.

 

Avec cette situation tendue, à quoi peut-on s’attendre dans cette phase préélectorale pour le Pds ?

Avec le parrainage, il va y avoir un gâchis énorme. Les voix collectées pour Karim et Khalifa risquent de ne servir à rien. Mais cela peut profiter à des alliés possibles, dont la candidature sera acceptée. Il ya une demi-douzaine de candidatures dont les profils pourraient attirer. Les parrains collectés pourraient leur être cédés. Ce qui risque d’être improductif.

 

(Source EnQuête)







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