Wade compte ses nombreux « traîtres » : sont-ils vraiment coupables ?
Nombreux sont ceux qui, au Pds, ont été accusés de traîtrise : sont-ils tous coupables ?

Wade compte ses nombreux « traîtres » : sont-ils vraiment coupables ?

Le Président Wade et son fils Karim
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L’histoire du Pds, c’est celle des trahisons. Déclarées ou avérées. Puisque l’Histoire, la grande, ne fera jamais la part entre la réalité de ces « trahisons » et les affabulations de Me Wade lui-même. Acculé, souvent placé face à ses propres contradictions, le Secrétaire général du Pds connaît à merveille l’arme de la victimisation. C’était d’abord Fara Ndiaye, ancien compagnon de route et ami d’Abdou Diouf. Quand il a annoncé sa démission du Pds, Abdoulaye Wade a eu cette interprétation laconique, pleine d’insinuations : « Fara est fatigué de se battre ». En réalité, l’ancien de l’Enfom, avocat, ami de Wade comme de Diouf, n’avait jamais partagé la tournure violente et quasi insurrectionnelle prise par le Pds au début des années 80. Nous sommes dans un contexte marqué par l’affaire des mercenaires libyens à Dakar, des manifestations contre l’apartheid qui avaient conduit à la première arrestation de Me Abdoulaye Wade et de quelques opposants de gauche. Après sa première sortie de prison et des négociations de Poponguine qui ont échoué, Wade, accompagné de jeunes calots bleus formés à la guérilla à Bengazi et Varadero, s’est mis en tête d’imposer le combat de rue à Diouf pour le forcer à des négociations.

C’est à l’annonce des batailles insurrectionnelles soutenues par la gauche radicale qu’un jeune prodige de l’université de Dakar, Serigne Diop, va lui aussi démissionner pour dénoncer cette tendance à la radicalisation.

 

Le tout nouvel agrégé de Droit constitutionnel est trop modéré pour supporter les poussées insurrectionnelles soutenues par Ousmane Ngom et un groupe de jeunes de Derklé conduits par un certain… Clédor Sène. Les explosifs s’achetaient chez les pêcheurs ouakamois et avec un peu d’adresse, ils réussissaient à semer la panique dans les rues de Dakar. Abdoulaye Wade, Pape Samba Mboup rejoindront en prison Clédor Sène.
Sorti prématurément de prison, Idrissa Seck, un jeune directeur de campagne d’Abdoulaye Wade, entame les négociations pour la sortie de Wade de prison. Les négociations sont menées cette fois-ci par Famara Sagna et à la suite du limogeage surprise de Jean Collin, Wade entre dans un gouvernement dit d’Union nationale selon le Premier ministre Habib Thiam. « Et de transition » ajoute subtilement Abdoulaye Wade. Trêve de courte durée puisqu’en 1993, la radicalisation du Pds, par le même groupe pilote de Derklé, aboutit à l’assassinat d’un juge du Conseil constitutionne. Ousmane Ngom prend ses distances avec quelques cadres intellectuels et en 1998, fonde le Parti libéral sénégalais. Il rejoindra d’autres libéraux, Serigne Diop et Jean Paul Dias, autour de la « Convergence patriotique ».
Wade crie à la trahison, se fend d’une « lettre à Ousmane », de la même teneur que celle adressée à Madické Niang.

Wade préfère accuser avant de se laisser accuser. Comme hier, il n’a pas attendu d’avoir les preuves de ses manigances pour descendre Madické Niang, l’accuser de trahison. Il en était ainsi de Modou Diagne Fada, sommé devant un jury qui lui était hostile, de jurer qu’il n’avait pas reçu d’argent de Macky Sall. La sentence était déjà dans l’accusation. Avant lui, Aida Mbodj a goûté à la sauce amère de la trahison. Oumar Sarr aussi, accusé par Wade de « complot » lors des dernières élections législatives.

Tous ont pourtant été adulés hier. Mais quand vient le moment de désigner un traître destiné au bûcher, le Pape du Sopi n’attend pas que sa victime confesse son péché. Il l’accule, le conduit à la vindicte, quitte à réviser son jugement quand c’est déjà trop tard.
Mais tous ces hommes qui ont été des loyaux compagnons depuis la perte du pouvoir il y a sept ans peuvent-ils tous avoir été des traîtres ?

Peut-être pas, si l’on en juge par la démarche et les motifs invoqués par les signataires de la lettre. A six mois des élections, il semble devenu évident, sauf retournement spectaculaire, que Karim Wade ne pourra pas se présenter à l’élection présidentielle de 2019. L’intéressé lui-même ne se signale que par des sms et des articles de presse. Il a annoncé son retour au Sénégal à plusieurs de ses compagnons, camarades, mais depuis trois ans, ne s’est jamais présenté à une aérogare pour prendre son avion. Fatigué de ses annonces sans lendemain, dépité, Babacar Gaye, porte-parole du Pds, a fini par déclarer qu’il n’en parlera plus. Constat de nombreux élus libéraux : Karim Wade ne viendra pas à Dakar et le parti risque d’être forclos. Conclusion logique : si nous voulons avoir un candidat, et nous devons en avoir, il nous faut penser à une candidature alternative avant la fin des parrainages.

Et pourtant voilà la situation rêvée par Wade et son fils : un Pds sans candidat en 2019. Il y a quelques semaines, le parti quinquagénaire avait promis, armes au poing que si Karim Wade ne se présentait pas, il n’y aurait pas d’élection au Sénégal. Mais c’est une voie absurde, puisque le Pds n’entrainerait jamais le reste de l’opposition dans un tel combat. Alors, ceux qui ont défendu cette idée ont commencé à réviser leur stratégie. D’autant que celui pour qui ils se battent ronfle tranquillement dans les salons feutrés de Doha, sirotant son « chaï », le fameux thé arabe, langoureusement. Il était déjà humiliant pour les responsables du Pds d’accepter une logique héréditaire dans le fonctionnement du parti, par un choix qui fait du père le Secrétaire général du Parti et de son fils Karim le candidat du même parti. Mais au Pds, Wade peut tout se permettre. A commencer par dénoncer la présence de la famille de Macky Sall dans l’Etat, chose qu’il pratiquait hier et pratique encore dans son parti.

 

En réalité, une bonne partie du Pds a compris le jeu de Karim Wade. L’ancien ministre n’a aucunement l’intention de se présenter à la présidentielle à venir. C’est la stratégie des Wade. Si Macky Sall gagne, ils diront que c’est parce que Karim Wade ne s’est pas présenté. S’il perd, ce sera aussi parce que Karim Wade l’a fait perdre. A tous les coups, Karim Wade sortira gagnant et pourra préparer sereinement la présidentielle suivante. Car pour Wade, si le Pds présente un autre candidat, celui-ci se présentera comme le candidat naturel du Pds en 2024. Perspective que ne veut pas envisager Karim Wade, qui veut attendre mars 2019 pour demander une amnistie à… Macky Sall !

 

Abdoulaye NDIAYE

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