Le Journal Nouvel Horizon met la clé sous le paillasson après plus de deux décennies de parution
Selon le directeur de publication, On a fait huit ans sans bénéfices

Le Journal Nouvel Horizon met la clé sous le paillasson après plus de deux décennies de parution

Selon le directeur de publication, On a fait huit ans sans bénéfices
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ISSA SALL (DIRPUB NOUVEL HORIZON)

‘‘ On a fait huit ans sans bénéfices’’

A vos journaux, prêts, lisez ! Fidèles lecteurs de ‘‘Nouvel Horizon’’ ou pas, c’est aujourd’hui que vous allez tenir entre les mains le dernier numéro de cet hebdomadaire légendaire, après une première publication le 26 janvier 1996. Son directeur de publication, Issa Sall, contacté par téléphone, donne ses impressions sur la fermeture de ce journal.

OUSMANE LAYE DIOP

Nouvel Horizon met la clé sous le paillasson après plus de deux décennies de parution. Quel est votre état d’esprit actuellement ?

Avoir un bébé comme ça qui grandit et que du jour au lendemain vous soyez obligé de l’enterrer, ça fait très mal. On a tous très mal à l’idée qu’il n’y aura plus de ‘‘Nouvel Horizon’’. Si nous avons duré aussi longtemps, c’est parce qu’il y avait des gens qui avaient confiance en nous ; ils ont été formidables à tous les égards. Nous ne pouvons que regretter cet état de fait. 

 

Nouvel Horizon existe depuis bientôt 22 ans. On peut penser légitimement qu’il s’était aguerri au milieu économique exsangue de la presse. Pourquoi pas de résilience ? Pourquoi cette fermeture maintenant ?

Parce que les résultats économiques ne sont pas à la hauteur tout simplement, par rapport à ce que l’on attend d’une entreprise. Si on a des effectifs, plus des pertes alignées pendant huit ans, il est très difficile de combler les manques. On a fait huit ans sans bénéfices, où on a enregistré des pertes nettes. Elles ont été d’une certaine manière résorbées par des accords. Vu que ça fait presque dix ans et que la situation ne s’améliore pas, l’environnement économique n’est pas favorable à trouver les mécanismes qui permettraient de relancer le journal, on a pensé qu’il fallait arrêter la production. Si on avait choisi de continuer, la situation pouvait se dégrader davantage et ce serait beaucoup plus compliqué avec les employés. Nous avons  été logiques avec nous-mêmes. Un journal est une entreprise qui fait un produit que l’on vend. Du moment que ça peut se vendre, et que la vente rapporte, il n’y a aucun problème, mais si la clientèle n’existe plus, il faut penser à créer une nouvelle affaire. Nous avons un regard très économique sur cette question ; c’est pourquoi nous avons arrêté. Quelle est la raison pour laquelle ça ne marche plus ? Vraiment on ne va pas continuer à épiloguer sur ça. Ce qui est constant et réel par contre est que les annonceurs ne sont plus présents sur ce segment de l’activité économique du Sénégal. Quand on vend de la limonade et que la limonade ne se vend pas, mieux vaut arrêter d’en vendre. Nous avons constaté que ça ne se vendait plus chez les lecteurs aussi bien que chez les annonceurs et nous avons  arrêté.

 

Les pertes étaient de l’ordre de combien ?

Des dizaines de millions par année qui devaient permettre à l’entreprise de se maintenir à flot. A chaque fin d’exercice, quand on faisait le bilan annuel, on se rendait compte qu’on avait des pertes de 30, 40 à 50 millions. C’est intenable à la fin. Dans la moyenne, on tirait entre 5 000 et 7 000 exemplaires, ça dépend. On n’avait pas de chiffres exacts, ça dépendait de l’actualité. C’est déjà allé à plus que ça, c’est aussi allé à moins que ça. On avait d’autres titres comme ‘‘Kocc’’, ‘‘Thiof’’, et d’autres organes qu’on a dû arrêter avant.

 

Peut-on s’attendre à un retour de l’équipe sous un nouveau titre, un nouveau modèle économique comme l’a fait le ‘‘PoPulaire’’ avec ‘‘Vox PoPuli’’ ?

Il faudrait d’abord trouver les ressources pour résorber les dettes car il y a beaucoup d’impayés. On doit payer les départs volontaires, et ensuite il faudrait réfléchir sur comment faire un nouveau journal. Mais faire un journal papier..., c’est un peu osé de le dire, je ne pense pas que dans la conjoncture actuelle, on peut se lever du jour au lendemain et se lancer parce que les moyens ne sont pas là. Il n’est pas dit qu’immédiatement, on va relancer la publication de Nouvel Horizon. Le secteur de la communication, de la presse est très vaste et peut-être qu’il y a d’autres options à considérer.

 

Au-delà de votre cas particulier, c’est la presse traditionnelle, écrite surtout, dont toutes les projections pronostiquent la disparition. A votre avis, quel est le plus grand danger qui la guette dans l’immédiat ?

Ce qui menace la presse, c’est le désintérêt des autorités sur un secteur économique qui emploie des milliers de personnes. Toute la chaîne employée, de la secrétaire au  directeur de publication en passant par le caméraman, le reporter, le photographe, le monteur..., est en danger. Il y a un monde énorme qui gravite autour d’une entreprise de presse. Il faut que les autorités réfléchissent sur les problèmes de la presse par le prisme économique. C’est vrai que le nouveau code de la presse en développe quelques aspects dans l’ensemble, mais je pense que la régulation dans ce secteur, c’est d’abord en revoir le modèle économique. C’est une nécessité. Sinon, il y a beaucoup d’organes qui sont appelés à disparaître. On aura alors dans le paysage médiatique des organes de propagande, ethniciste, de lobbies, ou de soutien comme on l’a vu au début dans les années 2006 à 2008. Ce sont ces types d’organes qui se développent aujourd’hui qui tiennent le haut du pavé parce leurs économies n’ont rien à voir avec celles d’une économie moderne. Un journal animé par une seule personne avec quelques autres qui ne sont que des paravents vit mieux qu’un organe classique qui est soumis à toutes les obligations légales. Nous sommes une entreprise qui fonctionne correctement et respecte ses engagements vis-à-vis de l’Etat, des employés, des lecteurs en leur produisant des papiers qui sont exempts de reproches..., mais apparemment ça ne marche pas. L’Etat laisse faire et ça va dans tous les sens. La régulation de la presse et de l’activité économique ne se fait pas, donc les gens continuent à faire ce qu’ils veulent. Nous ne pouvons que constater les dégâts et nous dire que ce monde-là n’est pas le nôtre.







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